Petit catamaran : une bonne porte d’entrée dans le multicoque

On me demande souvent au chantier : « Quel bateau je devrais acheter pour commencer sans me ruiner ni me compliquer la vie ? ». Ma réponse surprend parfois, mais elle est quasi systématique : tournez-vous vers le petit catamaran.

Si vous rêvez d’un immense yacht de 45 pieds avec climatisation et cabines de luxe, c’est un beau projet. Mais avant d’en arriver là, ou si vous voulez simplement retrouver le plaisir pur de l’eau, le "petit cat" de moins de 5 ou 6 mètres est un outil formidable.

 

En tant que technicien qui voit passer des dizaines de carènes chaque année, je vais vous expliquer comment bien préparer l'achat d'un petit catamaran


La simplicité : moins de mécanique, plus de plaisir

Le premier conseil que je donne aux futurs acheteurs, c'est de regarder la complexité technique.

Plus un bateau est grand, plus il y a de systèmes qui peuvent tomber en panne (pompes, électricité, moteurs complexes). Un petit catamaran, comme un Hobie Cat, un Dart 16 ou un Nacra, c’est la simplicité incarnée. Pas de moteur fixe (au pire un petit hors-bord de quelques chevaux), pas de plomberie compliquée. On parle de deux coques, un trampoline, un mât et des voiles.

 

Pour quelqu'un qui débute, c'est rassurant : on comprend tout de suite comment le bateau fonctionne. Et pour nous, techniciens, ce sont des bateaux sains, faciles à inspecter et à maintenir en état.

La stabilité : rassurez votre équipage

C'est l'argument numéro un du multicoque : la stabilité de forme. Contrairement à un petit voilier monocoque qui va gîter (pencher) dès que le vent se lève, le catamaran reste à plat.

Pour une famille avec des enfants ou pour un conjoint qui n'a pas forcément le pied marin, c'est un argument de poids. On se sent en sécurité, l'espace sur le trampoline est convivial, et on ne finit pas la journée avec le mal de mer.

Un budget maîtrisé : l'achat malin

Parlons vrai, parlons argent.

Un bateau, c'est aussi un budget d'entretien et de place de port. Le gros avantage du petit catamaran (moins de 5 mètres), c'est qu'il est transportable. Pas besoin de payer une place de port à l'année qui coûte une fortune. Vous le posez sur une remorque, vous le stockez dans votre jardin ou votre garage l'hiver, et vous le sortez quand vous voulez.

 

Côté prix, le marché de l'occasion est très dynamique :

  • Pour 2 000 € à 4 000 €, vous trouvez des modèles d'occasion robustes pour s'amuser.
  • Autour de 10 000 €, vous accédez à du matériel récent, voire neuf, très performant.
  • En entretien annuel ? Si vous rincez bien votre accastillage et que vous protégez vos voiles des UV, cela vous coûtera moins de 300 € par an.

Difficile de faire mieux dans le monde du nautisme.

Quel modèle choisir selon votre profil ?

D'après ce que je vois passer à l'atelier, voici mes recommandations :

  • Pour les débutants et les enfants : Le Hobie Catsy. C'est petit (3m10), c'est ultra-robuste et c'est fait pour apprendre sans stress.
  • Pour la famille et la polyvalence : Le Dart 16. Il est souvent construit en polyéthylène.Pour vous, ça veut dire qu'il est "indestructible". Vous pouvez le "beacher" (arriver sur le sable) sans craindre de rayer la résine. C'est le 4x4 des mers.
  • Pour les sensations fortes : Le Nacra 15. Là, on change de catégorie. C'est le petit frère des bateaux olympiques. C'est léger, ça va très vite, et ça demande un peu plus de technique, mais quel pied !

Le conseil de l'expert : ne négligez pas l'équipement

Acheter le bateau, c'est bien. Mais pour que le plaisir dure, vérifiez toujours trois points essentiels avant de signer :

  • L'état du trampoline : C'est votre zone de vie. S'il est cuit par le soleil, il faudra le changer (comptez quelques centaines d'euros).
  • Le système de redressement : Sur un petit cata, on finit toujours par dessaler (se renverser) un jour ou l'autre.
  • Vérifiez que vous avez le matériel pour le remettre à l'endroit facilement.
  • Les safrans et dérives : Ce sont les pièces qui souffrent le plus lors des arrivées de plage. Regardez s'il n'y a pas trop de jeu ou de fissures.

 

Le petit catamaran n'est pas qu'un "jouet" de plage. C'est une véritable porte d'entrée qui vous apprendra à sentir le vent et à gérer un multicoque sans la pression financière d'une grosse unité.

Une fois que vous aurez maîtrisé les 15-20 nœuds de vitesse sur ces petits engins, vous serez fin prêt pour envisager, plus tard, la croisière sur un plus grand modèle.

Alors, on se croise bientôt sur l'eau ou au chantier pour les derniers réglages ?